« 50 ans de cinéma américain » Guy Ros . Hollywood retrouve les plaisirs des joies simples.

Sin-City

                                            « Sin City » 2004 de Robert Rodriguez

 

« 50 ans de cinéma américain » 3e tome de l’histoire du cinéma Hollywoodien entamé par Guy Ros en 1986 avec « La fonction du cinéma dans la société occidentale », puis « le Guide du cinéma américain » en 2001, analyse la rupture qui a permis à Hollywood de retrouver un public qui avait déserté les salles au milieu des années 60.

Voici le 1er chapitre du livre.

CRITIQUE ET CINEMA AMERICAIN : LA GUERRE DES MONDES

En prélude à cette étude, je citerai cette phrase de Jean-Loup Bourget qui va me permettre de rapidement pénétrer dans le vif du sujet : « Nul ne conteste l’importance du cinéma américain, et cependant, bon nombre de préjugés restent attachés à son image ; Hollywood est une « usine à rêves », ce qui veut dire qu’on y fabrique au lieu d’y créer, et aussi qu’on y produit, au lieu du véritable article des imitations. Le cinéma américain est accusé de servir l’impérialisme économique et culturel d’un pays dont la puissance fascine et inquiète, dont la culture séduit mais donne mauvaise conscience ». La première réflexion qui nous effleure l’esprit à la lecture de cette citation est de remarquer que le cinéma américain dérange. Parmi la critique française, il est bien vu de faire mine de railler ces spectacles puérils et abêtissants qui osent nous faire rêver, ou tout simplement nous séduire en faisant appel à notre sensibilité. Le critique est furieux après lui  même, lorsqu’il sort d’une salle dans laquelle il s’est encore laissé piéger par le savoir-faire (et surtout le talent) d’un cinéaste d’outre-Atlantique. Il va rejeter le plaisir que lui a procuré ce film. Comment lui, un critique, un chercheur, a t il  pu se laisser prendre au jeu de cette histoire manichéenne et simpliste ? Cependant, il doit bien avouer qu’il a passé un bon moment, riche en plaisirs intenses et purs. Soudain il se ressaisit, réfléchit aux multiples défauts de ce film : l’idéologie douteuse et réactionnaire, le rythme trop rapide, la narration trop contraignante, l’individualisme trop prononcé du héros. Le charme est alors rompu, car les à priori reprennent le dessus sur le plaisir.

Il existe bien un phénomène de réaction (au sens psychologique du terme) de la critique envers le cinéma américain qui reste une constante de la recherche cinématographique française depuis bien des années. Nous constatons chez nos critiques, une position de défense et de suspicion, une forme de réaction puritaine vis à vis du spectacle et du divertissement Hollywoodien. Cela reste dû à la présence massive sur nos écrans des films américains qui, lancés sur notre marché à grand renfort de publicité, concurrencent sauvagement notre production nationale à la recherche d’un public. Les grandes compagnies américaines, leurs liens avec l’argent et la publicité, leur politique de marketing que certains jugent agressive dérangent la critique française qui parvient difficilement à distinguer dans ses jugements les aspects artistiques de ceux plus économiques. Cette réaction puritaine engendre bien sûr des phénomènes de nostalgie vis à vis de la génération précédente que l’on redécouvre après l’avoir éreinté 20 ans auparavant. (Regardez le succès de « Blade Runner » qui s’était fait détruire à sa sortie en 1982 par une critique lui reprochant son aspect trop esthétisant. Comme si la beauté d’un film était un défaut.)

Michel Ciment, dans son bel ouvrage « Les conquérants d’un nouveau monde », remarque que « régulièrement depuis 50 ans, de l’apparition du parlant au démantèlement des grandes compagnies en passant par le développement de la couleur et de l’écran large, furent annoncés la mort d’Hollywood et le regret de ses prouesses d’antan. Aujourd’hui encore, un policier, un film d’espionnage ou un western seront ignorés ou commentés brièvement au moment de leur sortie, quitte à ce que dix ou vingt ans plus tard, hommages et rétrospectives en soulignent les vertus ». Rappelons-nous les quolibets que subissait Client Eastwood dans la presse qui n’hésitait pas à parler de Fascisme pour des films comme « L’homme des hautes plaines » ou « Dirty Harry » dans les années 70. Et pourtant l’homme, le créateur, le cinéaste n’a pas changé. Son œuvre, malgré son hétérogénéité, possède une grande constance dans l’esthétique, l’approche artistique.

Les exemples de John Ford, Howard Hawks, Alfred Hitchcock ou Raoul Walsh sont parfaitement représentatifs de cet état d’esprit de la critique ; leurs oeuvres firent l’objet, jusqu’à  l’époque des « Cahiers du Cinéma » qui les réhabilita à la fin des années 50, d’attaques fielleuses visant à nier tout aspect artistique à celles-ci, du fait de leur idéologie réactionnaire et de leur manichéisme jugé désuet. Le même phénomène a eu lieu lors des années 2000 avec Steven Spielberg lorsque « La liste de Schindler » ou « Lincoln » furent encensés par les mêmes critiques qui considéraient dans les années 80 Spielberg comme un « faiseur doué », un cinéaste commercial, un roublard… mais surement pas un auteur.

Les mêmes phénomènes se reproduisent aujourd’hui. Les oeuvres de Walter Hill, Georges Miller ou John Boorman sont encensées depuis  20 ans par les mêmes qui ricanaient avec condescendance devant « Mad Max II », « Sans retour » ou « La forêt d’émeraude » lors de leurs sorties.

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Vertigo

 

En réalité, l’intellectuel, le critique récuse souvent le succès de certains films, quitte à suivre le public par la suite dans certains de ses choix. Plus exactement, ces intellectuels éprouvent une certaine répugnance à aller dans le même sens, dans leurs jugements, qu’un homme de la rue. Même si la plupart des critiques hurlent haut et fort leur tolérance et leur appartenance à un courant idéologique populiste, ils manifestent une condescendance hautaine envers les engouements du public pour certains films américains. L’allergie viscérale de certaines revues envers le cinéma américain a d’ailleurs eu des conséquences désastreuses pour celles-ci, puisque certains magazines comme « Images et Son », « Les cahiers du cinéma »  ou  » La revue du Cinéma » ont fait l’objet d’un rejet lent mais inexorable de la part de leurs lecteurs de plus en plus agacés devant les a priori de certains critiques. Ce recul d’influence d’une certaine presse engoncée dans ses à-priori idéologiques va d’ailleurs donner lieu à l’éclosion d’un nouveau type de revues dans les années 80, dans lesquelles l’aspect scientifique est malheureusement moins présent, mais qui par contre n’hésitent pas à défendre certains films à grands spectacles américains : « Première », « Studio », « l’Ecran Fantastique » ou « Impact ». Le magazine Starfix piloté par Christophe Gans avait dans les années 80 défendu ce cinéma épique, inspiré de cinéastes comme Eastwood, Spielberg, Lucas ou Hill.

La critique a longtemps dénoncé un cinéma en retard sur les autres arts. Le cinéma devrait cesser de raconter des histoires et de sacrifier à l’impression de réalité. Selon certains le débat concernant l’aspect artistique des produits industriels et commerciaux que sont les films ne date pas d’hier, il faisait déjà l’objet de sévères polémiques 50 ans auparavant. Michel Ciment dans son livre « Les conquérants d’un nouveau monde » cite la réflexion du surréaliste Robert Desnos, qui, il y a 50 ans s’en prenait dans un texte toujours actuel « à un respect exagéré de l’art, une mystique de l’expression qui ont conduit tout un groupe de producteurs, d’acteurs et de spectateurs à la création du cinéma d’avant garde remarquable par la rapidité avec laquelle ses productions se démodent, son absence d’émotion humaine et le danger qu’il fait courir au cinéma tout entier… L’utilisation de procédés techniques que

l’action ne rend pas nécessaire, un jeu conventionnel, la prétention à exprimer les mouvements arbitraires et compliqués de l’âme sont les principales caractéristiques de ce cinéma que je nommerai volontiers cinéma de cheveux sur la soupe ».

Le fossé séparant les critiques des créateurs américains est-il infranchissable ? Assiste t-on depuis 50 ans à la « guerre des mondes », celui des analystes contre celui des artisans ? La question tient à être posée !

En réalité, les cinéastes américains les plus talentueux parviennent véritablement à envoûter, à fasciner leur public. Voilà ce qui dérange ! Possèdent-ils des recettes magiques ? Sans aller si loin, je dirai que si le cinéma américain plaît tant à tous les publics, ce n’est pas uniquement dû à sa politique agressive de marketing. Les metteurs en scène américains lorsqu’ils réalisent leurs films ne font pas de nombrilisme, ils créent avec à l’esprit la constante préoccupation de séduire. Le créateur américain pense que la meilleure façon de faire passer un message ou une idée, consiste à séduire son public. Il considère qu’un oeuvre d’art n’a d’attrait que dans le regard des autres, des spectateurs, il faut qu’elle réussisse à charmer une partie du public, et non pas seulement une minorité d’initiés. Le cinéma américain, au-delà  de sa puissance financière, possède une préoccupation constante : celle de son rapport avec le public. Par ailleurs, les scénarios sont sacrés à Hollywood. Chaque film nait d’un bon scénario. Une production ne donnera jamais carte blanche à un cinéaste si le scénario n’est pas huilé, finalisé, convaincant.

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Indiana Jones and the temple of Doom

Michel Ciment pense  » qu’une attention de chaque instant à la direction d’acteurs, un équilibre entre la plastique et la dynamique, entre le cadre et le montage sont les secrets d’une réussite publique et artistique en matière cinématographique « . Si une production ambitieuse ne veut pas échouer, elle doit éviter la tentation picturale ou littéraire, (c’est à dire la suite froide de tableaux, ou le film bavard et trop narratif) mais également associer les deux éléments clefs de toute création cinématographique qui se respecte : le mouvement (le rythme) et la rigueur.

Le cinéma américain (contrairement au cinéma français et malgré une période fortement contestataire) n’a jamais complètement oublié les préceptes de son art. On peut constater que ce cinéma rend difficile l’analyse formelle (ce qui fait toute sa qualité), hormis certains esthètes comme Ridley Scott ou Coppola, par exemple qui font parfois preuve d’une certaine préciosité technique, le style et le montage des films américains demeurent très sobres et très épurés (quelquefois même invisibles pour un profane.) Ciment constate que pour les amateurs de « griffe » immédiatement reconnaissable, le film hollywoodien déçoit et déroute un peu. De manière globale, on peut remarquer que ce cinéma est riche en travail formel. Aucune prétention idéologique, ni préciosité esthétique ne vient rompre le rythme du récit. C’est un cinéma qui va rapidement à l’essentiel, ne s’embarrasse pas d’à  priori idéologiques, épistémologiques, et j’en passe. C’est pour cette raison qu’il touche plus souvent son but que ses concurrents.

Le cinéma américain, malgré les conventions de certains genres, demeure le plus libre, le plus courageux dans les sujets qu’il aborde. (« Les hommes du Président », « M. Smith au Sénat », « Underfire » en sont de bons exemples). Grâce à une parfaite maîtrise de son Art, il peut se permettre de traiter n’importe quel sujet (aussi brûlant soit-il), sans tomber dans la propagande manichéenne, le didactisme ou le fantasme.

Si j’ai choisi d’étudier la période, allant des années 1963 à 2013, c’est justement parce que j’ai cru pendant un moment, que le cinéma américain avait perdu de ce qui constituait ses principales forces : le goût de la séduction, le sens du rythme, l’optimisme également et la rigueur d’expression filmique qui le caractérisaient autrefois. Hollywood fut la victime de multiples phénomènes à partir de 1963 qui vont entamer une bonne partie de son prestige passé. D’une part, il existe des facteurs politiques et sociaux qui vont influer sur la création cinématographique : perte de la prépondérance stratégique, contestation sociale, crises politiques ; mais également d’autres facteurs inhérents au domaine artistique qui sont de différentes nature : économique, culturel et également idéologique. On assiste dans le courant des années 60 à l’agonie des Majors Compagnies, ces géantes de la production comme la Fox, la M.G.M. qui avaient dominé  l’activité productrice des U.S.A pendant une bonne partie de ce siècle. Leurs studios sont démantelés, leurs ustensiles vendus. Nous assistons à la fin d’une période glorieuse.

Parallèlement, nous voyons immerger une école de cinéastes très influencés par les idées européennes qui vont acheminer le cinéma américain dans une voie contestataire et résolument critique (Penn, Altman, Schatzberg, Pakula). Certains l’ont nommé, l’école du « réalisme critique ». Celle-ci entraînera le cinéma américain dans une voie contestataire et militante qui a tourné le dos à l’essence et la nature mythologique et épique d’Hollywood.

Guy Ros

https://www.facebook.com/ros.guy.7?ref=tn_tnmn

http://about.me/guyros

https://www.linkedin.com/pub/guy-ros/57/113/a70

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