Les Bad boys de la série B Tarentino et Rodriguez

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Extrait de « 50 ans de cinéma américain »

Guy Ros 2014

Mais dans ce concert de films de super héros et de polars de Budy movies qui envahissent nos écrans depuis vingt ans un couple de copains va frapper à la grande porte de la série B avec un culot et un talent étonnant et apporter une fraicheur unique au cinéma américain : Quentin Tarentino et Robert Rodriguez. Quentin Tarentino est beaucoup plus médiatisé que Robert Rodriguez, mais les œuvres OVNIS de ces deux compères ne peuvent être dissociées, car elles se nourrissent aux mêmes sources : la série B de Donald Siegel, Robert Aldrich, Sergio Leone (de ses débuts) ou même de films de Yakuzas japonais ou de sabres de Hong Kong. Deux films vont ouvrir la voix à un nouveau genre, le western urbain ricanant, bavard,  violent, tonitruant : «Pulp fiction » en 1995 de Tarentino et « Desperado » en 1996 de Robert Rodriguez (écrit et scénarisé par Tarentino). Ces films très violents ouvrent la voix à un nouveau genre du cinéma indépendant hollywoodien : l’hommage gore et décalé. Leurs films sont construits avec des ruptures de rythme, des dialogues et des plans séquences très longs (voir les ouvertures de « Pulp Fiction » avec Tim Roth ou de « Desperado » avec Steve Buscemi), des explosions de violence (la scène du massacre dans le salon de thé de « Kill Bill ou les fusillades de « Desperado ») et un humour noir assumé. Ces ingrédients font de ces deux cinéastes des contre modèles du cinéma classique hollywoodien. Leurs collaborations comme « Sin city » de Rodriguez en 2004 donnent naissance à des films OVNIS brillants, modernes et dérangeants qui sont totalement inclassables. Tarentino parle souvent de ses modèles comme Godard ou Kurosawa dont il s’éloigne résolument dans ses films. Les récits éclatés de Tarentino dans « Kill Bill » 2002 ou « Pulp fiction » n’ont strictement aucune paternité avec les films taiseux de Godard.

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Tarentino

Tarentino se nourrit de récits de genres parfois culturellement aux antipodes d’Hollywood comme ceux de Sergio Corbucci dans son « Django unchained » 2013, pour finalement réaliser un film très politique sur l’esclavage. L’explosion de violence de la fin de son western nous mène sur les traces de Peckinpah et de la séquence finale de « The wild bunch »… Le personnage de Christophe Waltz nous ramène aux heures des seconds rôles savoureux de John Ford ou Hataway dans leurs westerns (même si Tarentino déclame haut et fort son attachement au western spahetti et son rejet de John Ford). Tarentino a vraiment réussi trois films sur sept : « Pulp fiction », « Kill Bill », « Django Unchained ». Ses autres films sont brouillons bavards, voir totalement ridicules comme « Inglorious bastards ». Mais l’homme aime à brouiller les pistes parfois avec malice. « Boulevard de la mort » est un film insupportablement bavard… « Jacky Brown » plutôt un film ennuyeux. Mais Tarentino rebondit à chaque fois en réussissant son film suivant.

Dans une interview à l’Express en 2013 Tarentino résume ainsi son art.  « Je me considère comme une sorte de chercheur universitaire. Quand je ne travaille pas sur un film, je suis constamment en train d’étudier un pan du cinéma. J’étudie pour ma maîtrise, et je serai diplômé le jour où je mourrai! Je m’intéresse à tout. La carrière de réalisateurs comme Jack Lee ThompsonDon Siegel ou Sergio Corbucci. Celle d’acteurs: Bette Davis ou Ralph Meeker. Pour ma propre édification. Je regarde tout ce que je peux, je prends des tas de notes, jusqu’à épuiser le sujet .

J’écrirai peut-être un livre un jour, mais je ne suis pas pressé d’en arriver là. Je mets sous le microscope tout ce que font les autres cinéastes, ce qui est le meilleur moyen pour se mettre soi-même sous le microscope. Cette vie de chercheur est vraiment l’un des grands bonheurs de mon existence. Grâce au cinéma, mes connaissances se sont multipliées, je suis beaucoup plus ouvert d’esprit, mes goûts ont évolué. C’est mon école. Et, souvent, ces travaux me mènent, d’une manière ou d’une autre, à mon film suivant.

J’aime écrire, car je suis seul. J’écris mes scénarios comme s’il s’agissait de romans, comme s’ils n’avaient pas besoin de devenir des films pour exister. La littérature est importante pour moi, mais pas autant que le cinéma, sinon j’aurais davantage lu les grands romans! Je crois cependant que l’aspect littéraire de mes histoires est mon atout majeur: c’est le tronc autour duquel le film se construit. Mes dialogues sont la fondation sur laquelle toute la maison est bâtie. Ils sont aussi ce qui fait ma particularité. Mais les dialogues seuls ne suffisent pas, sinon j’écrirais des livres ou du théâtre. Les films doivent également fonctionner sur un plan visuel, narratif, et sonore. C’est ce qui fait du cinéma un art différent de tous les autres. »

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Rodriguez

Robert Rodriguez possède un style plus classique que Tarentino, plus imprégné de la culture rock et de la bande dessinée. Comme son compère, il se laisse parfois aller à commettre des films alambiqués (« Once upon a time in Mexico » 2002) ou clonés (les suites de « Spice Kids), mais lorsqu’il se décide à construire un récit et à travailler un scénario cela peut aussi donner le meilleur de son cinéma comme « Sin City » 2004 ou « Desperado » 1995. Cinéaste touche à tout, il écrit, scénarise, filme et écrit les musiques de ses films. Il conçoit ses films avec la minutie d’un artisan et aime à revisiter les genres à sa façon (son film « Planète terreur » 2009 possède un sens de la dérision absolument unique où l’on sent la patte de Tarentino.) Cinéaste et « film maker » unique, Rodriguez signe des partitions à quatre mains avec Tarentino qui sentent bon la dérision, le plaisir, mais aussi la rigueur. Les dialogues de ses films font mouches et son sens du montage nous emporte souvent dans des univers assez uniques.

Ces deux amis ne montrent pas la voix à un cinéma différent, car leur cinéma demeure inclassable et impossible à reproduire. Ils se nourrissent de leurs talents et de leurs influences en s’appropriant des musiques plaqués sur des scènes parfois décalées (du disco accompagnant la bataille dans le jardin japonais dans « Kill Bill »). Tarentino possède une mise en scène plus classique que Rodriguez qui possède un sens du montage plus audacieux. Sa caméra fixe, ses plans séquences interminables lorgnent du côté de Leone sans le plagier. Il possède un style unique et reconnaissable parmi cent autres. Les scènes d’ouverture de « Inglorious bastard » par exemple seraient insupportables chez un autre cinéaste, chez lui elles sont savoureuses. Comment va évoluer la carrière de ces deux cinéastes, il est difficile de le dire tant leurs films parviennent à surprendre à chaque fois. On ne peut pas réellement parler de nouveau genre de cinéma tant leur style est particulier et inimitable. Pas de sérieux et de longs discours chez ces cinéastes pour lesquels seul le plaisir importe. Ils ont ouvert la voix à un cinéma de plaisir pur. Nous ne sommes plus dans l’épopée mythique chez eux et à ce titre leurs œuvres s’éloignent des racines mythologiques du cinéma Hollywoodien. Mais comment bouder le plaisir que nous procurent des films inclassables comme « Sin city » ou « Kill Bill ».

Guy Ros 

Pour découvrir le livre
https://guyros48.wordpress.com/

https://www.facebook.com/ros.guy.7?ref=tn_tnmn

http://about.me/guyros

https://www.linkedin.com/pub/guy-ros/57/113/a70

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